Saint Lazare : vie, miracles, légendes et héritage du ressuscité
Dans la vaste tradition chrétienne, peu de personnages ont laissé une empreinte aussi profonde et durable que saint Lazare de Béthanie. Son histoire n’est pas seulement l’un des miracles les plus saisissants attribués à Jésus-Christ : elle a aussi nourri, au fil des siècles, la dévotion, l’inspiration et la fondation d’œuvres charitables. Dans cet article, nous parcourons en détail la vie, la mort, la résurrection, la mission et l’héritage de saint Lazare, ainsi que son influence culturelle, liturgique et géographique au fil du temps.
Les origines de saint Lazare : frère, ami et témoin
Saint Lazare vivait à Béthanie, un village proche de Jérusalem. Frère de Marthe et de Marie de Béthanie, il fut un ami intime de Jésus-Christ, lien dont témoigne l’Évangile selon saint Jean : Jésus « pleura » en apprenant sa mort, un geste qui souligne l’humanité et la profonde amitié qui les unissait.
Le sens de son nom, « Dieu a secouru », prend une force particulière au regard des événements qui marquèrent sa vie et sa résurrection miraculeuse.
La résurrection de Lazare : miracle et tournant
La résurrection de Lazare, racontée en Jean 11,1-44, n’est pas seulement un miracle impressionnant : c’est aussi le moment décisif qui poussa les autorités religieuses juives à comploter contre Jésus. Après quatre jours au tombeau, Jésus l’appelle hors du sépulcre par ces mots :
« Lazare, sors ! ».
Ce geste marque le sommet des signes messianiques et fonde l’une des déclarations les plus profondes du Christ :
« Je suis la résurrection et la vie ».
Lazare, symbole théologique et spirituel
Au-delà de sa personne, Lazare devient le symbole universel de l’amour divin et de l’espérance face à la mort. Il représente tout être humain aimé du Christ, porteur de la promesse de la vie éternelle. Dans l’iconographie et la liturgie, saint Lazare apparaît enveloppé de bandelettes funéraires, ce qui souligne sa résurrection physique et spirituelle.
Les traditions ultérieures : Lazare, évêque et missionnaire
À Chypre : évêque de Kition (l’actuelle Larnaca)
Selon la tradition orthodoxe, après sa résurrection, Lazare dut quitter la Judée par crainte de nouvelles persécutions. Il se rendit à Chypre, où il fut fait évêque de Kition par saint Paul et saint Barnabé. Il y aurait vécu encore trente ans, annonçant l’Évangile jusqu’à sa seconde mort. Son tombeau, découvert à Kition en 890 sous l’empereur Léon VI, portait selon la tradition l’inscription :
« Lazare, l’ami du Christ. »
À Marseille : le saint navigateur
Une autre tradition, née au Moyen Âge en Occident, raconte que Lazare, ses sœurs Marthe et Marie, ainsi que d’autres disciples, furent abandonnés en mer dans une barque sans rames ni voiles. Guidés par la Providence, ils aboutirent à Marseille. Lazare y serait devenu le premier évêque de la ville et aurait joué un rôle essentiel dans l’évangélisation de la Provence.
Mort, sépulture et reliques de saint Lazare
Les multiples traditions sur la mort de saint Lazare reflètent son importance dans différentes régions de la Méditerranée. Selon la tradition orientale, il mourut à Chypre, et ses reliques furent transférées de Kition à Constantinople vers 890 sur ordre de l’empereur Léon VI ; une partie est encore vénérée à Larnaca. Selon la tradition occidentale, il mourut martyr à Marseille, et ses reliques sont vénérées à Autun et à Marseille.
Dévotion et héritage institutionnel de saint Lazare
L’ordre de Saint-Lazare
À l’époque des croisades, au XIIe siècle, une léproserie placée sous le patronage du saint fut fondée à Jérusalem. Elle donna naissance à l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, ordre militaire et hospitalier actif pendant les croisades. Ses membres se distinguèrent par leur dévouement auprès des malades les plus exclus, et le nom du saint a donné en Europe celui des lazarets.
Patronages
Saint Lazare est le patron :
- des lépreux
- des mendiants
- des fossoyeurs
- des hôpitaux de charité
Dans de nombreuses cultures, on l’associe à la guérison des maladies incurables et à la compassion envers les pauvres et les exclus.
Iconographie et représentations artistiques
La figure de saint Lazare a été représentée dans des fresques, des vitraux, des sculptures et des reliefs d’églises et de monastères d’Europe et du Moyen-Orient. La résurrection de Lazare est un thème récurrent de l’art chrétien, dès les catacombes de Rome.
Ses attributs habituels sont :
- les bandelettes funéraires
- le bâton de pèlerin
- les vêtements épiscopaux (dans les représentations de son épiscopat à Chypre ou à Marseille)
- des chiens léchant ses plaies (par confusion avec le mendiant de l’Évangile de Luc)
Lieux de pèlerinage
- Béthanie (l’actuelle Al-Eizariya) : lieu traditionnel du premier tombeau et de la résurrection.
- Larnaca (Chypre) : église Saint-Lazare, où reposent une partie de ses reliques.
- Autun et Marseille (France) : cathédrale Saint-Lazare d’Autun, qui conserve ses reliques selon la tradition occidentale ; Marseille le vénère comme son premier évêque.
- Jérusalem : léproserie et chapelle médiévales placées sous le vocable de saint Lazare.
Saint Lazare
Saint Lazare est bien plus qu’une figure biblique ramenée à la vie : c’est un symbole d’espérance, de miséricorde, de mission et de foi inébranlable. Son histoire, traversée par l’intervention divine et la mission apostolique, a laissé une empreinte indélébile dans la spiritualité chrétienne et la culture occidentale. Des évangiles aux croisades, des hôpitaux médiévaux aux dévotions populaires, son héritage reste vivant, témoin de la puissance rédemptrice du Christ et de la dignité des plus vulnérables.
Sources et documentation
- Évangile selon saint Jean, chapitre 11
- Tradition de l’Église orthodoxe de Chypre (Kition/Larnaca)
- Traditions hagiographiques médiévales de Provence
- Archives de l’ordre militaire et hospitalier de Saint-Lazare
- Patrologie grecque, latine et syriaque
